Les Français n'ont jamais été aussi peu endettés depuis 1989

Moins de ménages endettés, des intentions de souscription au plus bas, une épargne de précaution qui reste élevée : le 38e rapport de l'Observatoire des Crédits aux Ménages dresse le portrait d'une France attentiste. Malgré la baisse des taux, les Français freinent leurs projets. Décryptage.
 

Un recul historique du recours au crédit
Le chiffre est frappant : seuls 40,4 % des ménages français détenaient un crédit en cours fin 2025, qu'il soit immobilier ou à la consommation. C'est le taux le plus bas jamais enregistré depuis la création de l'Observatoire en 1989, et la septième année consécutive de baisse. Au total, 12,5 millions de ménages étaient concernés : 6,91 millions avec un crédit immobilier, 3,62 millions avec un crédit à la consommation, et 1,99 million cumulant les deux.
 

Le recul est généralisé. Le crédit à la consommation est le plus touché : son taux de détention tombe à 18,1 %, contre 19 % en 2024, 20,9 % en 2023 et encore 24,9 % en 2020. En cinq ans, c'est un quart des détenteurs de crédits conso qui ont disparu des statistiques. Le crédit immobilier suit la même pente, passant de 29,7 % à 28,7 % en un an.
 

Ce désendettement n'est pas le signe d'une économie en pleine forme. Il reflète avant tout un climat d'incertitude qui conduit les ménages à différer leurs projets. Les intentions de souscrire un nouveau crédit pour le premier semestre 2026 sont au plancher : seulement 2,8 % des ménages envisagent un emprunt immobilier et 3 % un crédit à la consommation. Ce sont les niveaux les plus faibles relevés par l'enquête.
 

Pourtant, les conditions objectives d'emprunt se sont améliorées. L'inflation a ralenti, la BCE a assoupli sa politique monétaire au premier semestre 2025 et le coût des nouveaux crédits a baissé avant de se stabiliser. Mais ces signaux positifs n'ont pas suffi à lever les freins psychologiques : les inquiétudes sur l'emploi et le pouvoir d'achat l'emportent sur l'amélioration technique des conditions de financement.
 

Prudence maximale : les ménages épargnent plutôt qu'ils n'empruntent
L'enquête de l'Observatoire, menée auprès de 13 000 ménages fin 2025, révèle un paradoxe bien connu des économistes : quand l'incertitude monte, les ménages épargnent davantage au lieu de consommer ou d'investir, ce qui freine la reprise économique.
 

Les taux d'épargne restent élevés. Les décisions d'achat de biens reculent. L'appétence pour la consommation courante est faible. Les Français sont dans une logique de précaution qui se traduit par un attentisme marqué sur tous les fronts — immobilier, équipement, consommation.
 

Pour autant, les ménages qui détiennent déjà des crédits ne sont pas en difficulté. Selon l'enquête, 85,1 % d'entre eux déclarent que leurs charges de remboursement sont supportables. Le problème n'est donc pas le surendettement des emprunteurs actuels, mais l'absence de nouveaux emprunteurs : les Français hésitent à s'engager.
 

Ce constat rejoint celui du Haut Conseil de stabilité financière, qui notait quelques jours plus tôt une reprise effective de la production de crédit immobilier (12,8 milliards d'euros en décembre 2025) mais à un rythme encore modéré. Les banques ont de la marge pour prêter, les taux sont redevenus plus attractifs, mais la demande des ménages ne suit pas encore pleinement.
 


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